**Chapitre 12 – Idar**
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Les membres du conseil avaient encore tant de doutes concernant les déclarations de Fray, mais ils n’avaient d’autre choix que de prendre ses paroles au sérieux. Bien que ce qu’il affirmait semblât incroyable, cela répondait à de nombreuses questions. Par exemple, pourquoi les trois royaumes empêchaient-ils le franchissement de la ligne rouge dans l’océan, alors qu’ils prétendaient que de puissants monstres marins rôdaient au-delà ? Ils n’avaient fourni aucune preuve à l’appui de leurs dires.
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Dans la salle de commerce de Prada
La salle de commerce de Prada était une entreprise de taille moyenne, dotée de nombreuses succursales dans tout le royaume de Lioran.
— Que dois-je faire ? songea Idar, le visage marqué par une expression complexe.
Fray avait confié une tâche à chaque membre du conseil. Celle d’Idar consistait à investir une somme colossale du trésor de l’entreprise, déjà en difficulté financière, pour acheter des terres dans la cité de Lifasy, très éloignée d’===. Le trajet entre === et Lifasy prenait plus de deux mois en chariot.
Fray avait affirmé, sans apporter la moindre preuve, que ces terres abritaient une mine de cristaux d’énergie.
— Si c’était vrai, ce serait assurément une bonne affaire… mais puis-je vraiment faire confiance à cet enfant ? se demanda Idar.
En réalité, Idar n’avait jamais accepté que Fray devînt le chef de famille. Fray était un homme au cœur froid, aux problèmes mentaux complexes. Une copie de son père, et Idar ne voulait plus voir la famille Parada et la cité d’=== souffrir sous le joug d’un tel individu.
À ses yeux, Elisa aurait été bien plus apte à occuper ce poste. Tous les membres du conseil avaient uni leurs efforts pour la convaincre d’accepter le trône, mais…
Un an plus tôt
— Pourquoi, pourquoi refuses-tu avec tant d’obstination ? Si ce gamin continue à diriger la famille, elle sera détruite tôt ou tard, hurla Idar.
— Elisa, Idar a raison, tu dois défier Fray pour le poste de chef de famille. Quand tu auras remporté le défi, même Montaser ne pourra plus s’y opposer, ajouta Anas.
— Et pourquoi pensez-vous que je gagnerais ? murmura Elisa.
— Nous n’avons pas bien entendu ce que tu as dit, s’exclama Idar après avoir perçu des murmures inaudibles.
— Et pourquoi pensez-vous que je pourrais vaincre Fray ? répéta Elisa d’une voix forte. Vous vous méfiez tous de Montaser, mais vous ignorez la véritable personne dont il faut se méfier… Vous ne savez pas à quel point Fray est terrifiant… Il est…
Bien qu’Elisa eût parlé avec son expression froide habituelle, Idar remarqua que ses mains tremblaient.
Chaque fois qu’Idar se remémorait cette conversation, il sentait ses cheveux se dresser sur sa tête.
— Mais qu’est-ce qui peut bien faire frémir ainsi une Guerrière du Septième Royaume… Que diable s’est-il passé cette nuit-là ?
Toc toc toc
Soudain, on frappa à la porte.
— Entrez, dit Idar.
— Monsieur, m’avez-vous appelé ? demanda un vieil homme vêtu en serviteur en pénétrant dans la pièce.
— Prépare le chariot, nous partons pour la cité de Lifasy.
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Dans le palais principal de la famille Prada
Une fois la réunion terminée, Fray regagna la salle de chimie et poursuivit sa lecture jusqu’au lendemain matin, où il effectua son entraînement matinal. Cependant, cette fois, en raison de la pénurie d’énergie de l’armée du cimetière, Fray absorba l’énergie de l’air. L’effet de cet exercice matinal fut donc bien moindre que d’ordinaire.
Après avoir achevé ses exercices, Fray se dirigea vers le bureau du chef de famille pour traiter les documents administratifs de la cité d’===.
— Il semble que je doive recréer de l’engrais organique en provenance du monde de Yassine au plus vite, songea Fray en consultant les Statistiques alimentaires d’===.
Toc toc toc
On frappa soudain à la porte.
— Monsieur, vous avez reçu une lettre de l’équipe du Bouclier, annonça Montaser en entrant.
— Merci, Montaser, répondit Fray en prenant la lettre.
Après l’avoir lue, il constata qu’elle ne faisait qu’interroger Fray sur les raisons pour lesquelles il n’avait pas nettoyé le Donjon.
— Montaser, dis-leur que nous nous en occuperons… Tu sais quoi, ne leur réponds pas, ordonna Fray.
— Très bien, monsieur, acquiesça Montaser. Et comment souhaitez-vous traiter l’intrus ?
— Laisse-le pour l’instant, il sera bientôt fatigué, répondit Fray.