**Chapitre 4 – Pensées**
Côté nord-est du pays de Jialin, montagne de Liman. À environ 250 km de la cité d’Astreg. Au pied de cette montagne se trouvait une tribu répondant au nom de Varen, ou, pour ceux qui préféraient, la tribu Varen. Bien que plus de dix mille personnes vivaient en ce lieu, cette tribu ne pouvait être considérée que comme petite, voire de taille moyenne.
Cette tribu vivait des minéraux qu’elle extrayait des gisements de minerai au cœur de la montagne. Chaque mois, les marchands de la cité passaient pour acheter leur minerai. Le gisement de la montagne de Liman ne pouvait être considéré ni comme grand ni comme rare. Heureusement, c’était aussi la raison pour laquelle les tribus plus puissantes ne s’y intéressaient pas.
Bien sûr, de temps à autre, elles devaient payer tribut aux tribus plus grandes contrôlant la région. Il ne manquait pas de petites tribus qui avaient été rayées de la carte ou dont les membres avaient été capturés pour n’avoir pu s’acquitter du tribut. C’est pourquoi la tribu Varen veillait toujours à avoir assez d’argent pour les tributs exigés une fois par an.
La famille Varen était celle qui dirigeait cette tribu, et tous les habitants la respectaient. Le chef de tribu, Urle Varen, accordait toujours plus d’importance à la tribu dans son ensemble qu’aux gains personnels. Bien que la vie ne fût pas aisée ici, les efforts de chacun contribuaient à créer un environnement heureux.
C’était la nuit à ce moment-là, et tous les travailleurs étaient déjà rentrés chez eux. Du côté ouest de la tribu, à l’intérieur d’une petite maison en bois comme la plupart des autres aux alentours, une femme caressait son gros ventre. À ses côtés, un homme massif, âgé d’une petite trentaine d’années, la regardait avec des yeux tendres.
Le couple s’appelait Turen Larks et Hamarlia Larks. Turen était mineur, comme la plupart des hommes de la tribu. Quant à Hamarlia, elle aidait le village dans les tâches diverses de la journée pendant que les hommes étaient occupés aux travaux pénibles. Pourtant, ce village avait des valeurs assez égalitaires. Si une femme se sentait assez forte pour travailler à la mine comme les hommes, elle en avait le droit. En tant que source de vie de la tribu, toute paire de bras supplémentaire pour l’extraction du minerai était la bienvenue.
C’est pourquoi environ 20 % des travailleurs de la mine étaient aussi des femmes. Hamarlia faisait justement partie de ces femmes. Elle avait choisi ce travail pour aider sa famille, et c’est là qu’elle avait rencontré Turen pour la première fois. Il ne leur avait pas fallu longtemps pour se mettre ensemble, et leur mariage avait été approuvé par les deux familles.
Cinq ans avaient passé depuis lors, quand enfin, Hamarlia était tombée enceinte. Depuis, Turen lui avait interdit tout travail pénible jusqu’à la naissance de l’enfant. Hamarlia savait que Turen ne faisait que s’inquiéter pour elle et leur enfant, alors elle avait accepté à contrecœur.
Ce que Hamarlia et Turen ignoraient, c’est qu’elle portait des jumeaux, et évidemment, des garçons. Quant aux jumeaux ? Qui d’autre pouvaient-ils être, sinon Rean et Death ?
À l’époque, les âmes des deux hommes avaient été attirées dans l’une de ces images. La dernière chose qu’ils avaient su, c’est que tout autour d’eux était noir. De temps à autre, Death et Rean entendaient des voix, mais ils ne les comprenaient pas. Ce n’était pas qu’elles étaient difficiles à entendre, mais c’était une langue qu’ils n’avaient jamais entendue auparavant.
Il était compréhensible que Rean ne comprenne pas la langue. Après tout, il n’en connaissait qu’une seule jusqu’au jour de sa mort. Mais Death était terrifié ! En tant qu’un des Esprits de la Mort chargés de guider les âmes de l’Univers vers la réincarnation, sa connaissance des langues était aussi universelle. Il ne devait pas exister une seule langue dans tout l’Univers qu’il ne pouvait comprendre.
Ne vous méprenez pas. Cela ne signifiait pas que Death était une sorte d’expert ou quoi que ce soit. Il ne possédait aucune connaissance qui aurait pu le rendre, lui ou les autres, plus fort. Toutes ses connaissances n’étaient liées qu’à la commodité de guider les âmes des morts vers la réincarnation. Il se trouve simplement que connaître toutes les langues de l’Univers était aussi pratique pour son travail d’Esprit de la Mort, alors il les connaissait.
Pourtant, il ne comprenait rien de ce que disaient Turen, Hamarlia ou quiconque autour d’eux ! Cela aurait dû être impossible !
Bien sûr, en raison du nombre de langues que Death connaissait, quelques mots ressemblaient forcément à certains de ceux qu’il connaissait. Mais une fois assemblés pour former les phrases de cette nouvelle langue, ils n’avaient tout simplement aucun sens !
— Que se passe-t-il ici ? Comment se fait-il que je ne comprenne pas ce qu’ils disent ?
En entendant ces mots, Rean fut surpris.
— Death, c’est toi ?!
Death fut également choqué d’entendre la voix de Rean.
On ne pouvait les blâmer. Après tout, Death et Rean entendaient la voix de l’autre dans leur esprit ! Ils n’avaient pas prononcé un seul mot.
Bien sûr, il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre ce qui se passait.
— C’est probablement ce fil noir et blanc. Ils relient nos âmes. Cela dit, quand nous voulons que l’autre entende nos pensées, cela se produit.
Rean ne put s’empêcher de demander :
— Comment sais-tu que seul ce que je souhaite partager peut être entendu ?
Death renifla et répondit :
— Parce que je t’ai maudit dans ma tête pendant longtemps, mais tu n’as évidemment rien entendu jusqu’à maintenant. Ce n’est que lorsque j’ai perdu mon sang-froid à cause de ma surprise que mes pensées t’ont atteint.
La bouche de Rean se crispa.
— Laisse tomber. Je ne vais pas te laisser gâcher ma bonne humeur. Au fait, où sommes-nous maintenant ?
Death rit.
— Où veux-tu que ce soit ? Une âme ne se réincarne pas dans un nouveau corps à la naissance, mais quand le cerveau devient assez développé pour générer des pensées. Dans ce cas, où penses-tu que nous sommes en ce moment ?
Rean fut surpris !
— Sommes-nous dans le ventre de notre nouvelle mère ?! Comme… juste en dessous de nous se trouve le va-va-vaaaa… Laisse tomber !
Death rit encore plus fort.
— Comme on pouvait s’y attendre d’un puceau. Même après 31 ans de vie, il n’avait jamais été avec une femme.
Rean eut envie de tuer ce type sur-le-champ. Bon, en théorie, Death était censé être mort déjà.